4 oct. 2014

Thom Yorke et ses Tomorrow’s modern boxes



Radiohead, ici on adore tous. Quand j’ai acheté l’album « OK Computer » sur les conseils d’un copain musicien (merci Guillaume), je ne m’attendais pas à une telle claque et la première écoute de la chanson « Paranoid android » m’a littéralement mis à genoux (« Raaainnn downnn… »). Tous leurs albums sont incontournables (personnellement ceux que j’écoute le plus sont « Hail to the thief » et la version longue de « In rainbows »)… du moins jusqu’à leur dernier album « The king of limbs » (sorti en 2011) qui m’a complètement laissé de marbre. C’est vrai que le groupe a toujours cherché à innover, délayant dans son rock un peu d’électro ou de jazz, mais cet album je le trouve désespérément froid et un peu trop dans la lignée de ce que Thom Yorke avait fait dans son album solo « The eraser » en 2006…  mais en moins accrocheur, l’effet de surprise étantdéjà passé.
Bref, tout ça pour dire que je n’attendais pas grand-chose du nouvel album solo de Thom Yorke, « Tomorrow’s modern boxes » qui vient tout juste de sortir.

Après plusieurs écoutes, c’est agaçant mais force est de constater que c’est difficile de trouver du mal à dire dessus. C’est encore une fois très inventif, bien arrangé et mixé : Nigel Godrich est aux manettes et, comme d’habitude, « everything’s in its right place », on se demande toujours comment ce diable de sorcier arrive à occuper si bien les panoramiques.
L’ensemble de l’album est très cohérent : sons électroniques, beats électro, voix fluette, morceaux déstructurés sont au programme tout du long pour une ambiance éthérée et mélancolique, Thom Yorke étant le roi du spleen musical et c’est pour ça qu’on l’aime.

L’album débute par « A brain in a bottle », morceau très réussi grâce à une instrumentation des plus étranges et originales.
Sur le morceau suivant « Guess again !», on retrouve une autre patte de l’artiste : le piano un peu désaccordé joué sur une sorte de faux rythme saccadé. Basse et batterie jouent à cache-cache. Encore une fois un bon morceau.
Chanson suivante : « Interference » et, oh joie, le chant retrouve un brin de mélodie. Une belle chanson simple et triste.
Et après… Et bien après y a plus grand-chose à se mettre sous la dent. « The mother lode » est intéressante mais un poil répétitive je trouve ; sur « Truth ray » Thom Yorke nous refait le coup de l’accompagnement assuré par des instruments passés à l’envers tout le long du morceau, effet déjà utilisé dans des albums précédents (« Like spinning plates » sur Amnesiac par exemple) et si, personnellement, j’aime bien cet effet, sans arrêt sur 3mn je trouve que c’est pas toujours très agréable.
Je ne m’étendrai pas sur les 2 morceaux suivants, « There is no ice (for my drink) » et « Pink section », des morceaux de bouts de pas grand-chose, un peu dans un registre expérimental, mais qui sont limite du remplissage (et quand on sait qu’il n’y a que 8 chansons en tout, ça fait quand même ¼ de l’album).
L’album se termine sur « Nose grows some », jolie chanson triste qui vaut surtout l’écoute pour ces petits beats aigus.

En résumé, quelques vraies réussites (les 3 premiers morceaux de l’album en fait), très inventif, un album qu’on écoute un peu par curiosité pour savoir où s’arrêtera le génie de Thom Yorke, mais pas l’album qu’on aurait envie de jouer entre copains ou de chanter à tue-tête.

25 avr. 2014

Printemps de Bourges : jeudi 24 avril 2014 – Le W – 6500 places

Au programme Girls in Hawaii, Fauve, Detroit et Metronomy. Autant dire que des groupes cultes !! Et dans la plus grosse salle du festival.
Le concert commence à 19h00 mais, avant ça, il y avait une séquence de dédicaces de Metronomy à la FNAC de Bourges à 18h00. Du coup, j’ai fait un p’tit détour par le magasin, mon CD de Love letters en poche.
Ambiance très détendue pour les dédicaces.
Moi : « Hey guys, I love your music too much, you’re the best band of the past ten years », Eux : « Hi Romain, you’re our best fan ».
Bon ça c’était la théorie, en fait ça a été plutôt : Moi : « Hello » Eux : « ?? »
Pas facile de se retrouver devant un groupe auquel on a envie de dire plein de choses sans paraître trop bête...
J’ai quand même réussi à placer un truc du genre : « Will you play "Reservoir" tonight ? It's my favourite song of your new album » auquel ils m’ont répondu un « Ooooh yeaaaaaah » super cool. Et ils m’ont ajouté d’un ton ironique « We will play this song for you tonight » auquel j’ai répondu un truc du genre « Ok, I will think about it » qui se voulait aussi super top cool (surtout avec mon accent berrichon).

Bref. Direction le concert dans une grande grande salle, pas bien remplie j’dois dire mais tant pis. Tant mieux même, ça m’a permis de placer à 3-4 mètres de la scène au milieu d’une foule de personne dont la moyenne d’âge ne dépassait pas 18 ans, prêts à rester 5 heures debout sans broncher (eux, pas moi).

En zoomant bien, on peut me voir, 4ème rang en plein milieu face à la scène


Ca commence avec Girls in Hawaii, un groupe que j’aime vraiment beaucoup et qui, sans être vraiment révolutionnaire, a quand même un talent énorme et compose des chansons pop-rock très mélodiques aux arrangements toujours bien soignés. Sur scène, le groupe assure aussi et fait le spectacle. Au milieu d’une vraie déferlante de guitares (4 guitares électriques en même temps sur certains morceaux !!) et de synthés, le groupe (principalement le chanteur mais aussi un autre musicien, homme à tout faire qui alterne synthés et guitares) montent sur les amplis et font le show, notamment sur « Switzerland », « Time to forgive the winter » et « Rorschach ». Ils ont joué principalement des titres de leur dernier album (mais pas Mallory’s heights, snif), le tout avec beaucoup d’intensité, et pour moi qui connaissais leurs chansons par cœur c’était un vrai bonheur de les voir sur scène.

Artiste suivant : Fauve, le fameux collectif parisien, élu découverte du Printemps de Bourges l’an dernier. Grosse ambiance dans la salle car tous les p’tits jeunes autour de moi connaissaient leurs paroles par cœur ("Haut les coeurs, haut les coeurs, haut les coeurs".
On entend beaucoup de choses sur ce groupe, certains adorent, d’autres détestent, en tout cas il se passe vraiment quelque chose.
Musicalement, la formation est finalement très classique : guitare-basse-batterie ajoutés à cela le chanteur et un musicien qui lance quelques samples discrets. Le guitariste balance de petits riffs avec un minimum d’effets, bassiste et batteur ont la charge de donner de l’intensité à la partie musicale. Mais le spectacle repose principalement sur le chanteur, qui parle plus qu’il ne chante d’ailleurs, et sert ses paroles, particulièrement bien écrites je trouve, à la fois désabusées et pleine d’optimisme et d’éthique sur la vie des adolescents d’aujourd’hui et la société en général. Urbania melancolica...

Beaucoup de point en commun dans ce sens avec l’artiste qui vient après, Bertrand Cantat, qui savait si bien décrire les craintes et espoirs de la jeunesse des années 90 avec Noir Désir. J’avais vu le groupe en concert en 1997, et Cantat n’a pas changé. Punaise quelle bête de scène ! Toujours le même look (jean gris, t-shirt noir), toujours le même charisme, et toujours autant habité par sa musique. Mythique. De ce que je connaissais de son dernier album, je m’attendais à une ambiance un peu triste et intimiste (et certains morceaux l’étaient bien sûr comme « Ange de désolation », émouvante à pleurer) mais l’ambiance était plutôt à la fête et la formation résolument rock. Le groupe alterne les morceaux de son dernier album, assez proche d’une poésie chantée à la Léo Ferré, avec des morceaux de Noir Désir, et quand il balance du Noir Désir, ça envoie comme il y a 15 ans : « Tostaky », « Fin de siècle » toutes guitares dehors et toujours aussi grandioses. Le public l’acclame et ça pogote comme au bon vieux temps.

Soyons désinvoltes...


On termine la soirée avec Metronomy et une ambiance totalement différente : décors kitschs fait de grands nuages roses, pupitres blancs éclairés par des néons colorés derrières lesquelles sont cachés les instruments (sauf la batterie qui trône tout en hauteur, tout en fûts multicolores,). Les musiciens arrivent sur scène en chaussures blanches, costard blanc sur chemises grises, aussi kitsch que les décors en résumé, et dès les premières notes le ton est donné, on est là pour s’amuser. Et c’est l’enchaînement des tubes : « Love letters », « Everything goes my way », « I’m aquarius », « Corinne », « Reservoir » (Ooooh yeaaaaaah), « She wants », « Boy racers »... Toute la salle danse et se trémousse, en particulier lorsque le bassiste, avec sa coupe so retro-disco, est sur le devant de la scène comme sur « The look » et « The bay ». Le groupe, impeccable, s’éclate : on retrouve sur « Love letters » le joueur de tambourin sautillant comme dans le clip, sur « I’m aquarius » les musiciens se dandinent en faisant les shoop-shoop-shoop-wow, sur « Everything goes my way » la batteuse, qui chante, est tout sourire.

 So kitschou

Bref, une chouette soirée où il est difficile de trouver des défauts. De tels groupes à la suite dans une même soirée, c’était tout simplement exceptionnel.

Printemps de Bourges : mercredi 23 avril 2014 – Auditorium – 480 places

Premier artiste en scène : Christine & the Queens, de son vrai nom Héloïse Letissier, est une jeune chanteuse française, grande fan de Michael Jackson et ça se voit : le son est très années 90 (samples, basses électro, synthés, boîtes à rythme assez froides) et surtout... elle danse en chantant, elle est accompagnée de 2 danseurs et leurs chorégraphies sont typiquement « Michael Jackson ».
C’est un peu déroutant au début mais comme elle ne se prend pas au sérieux, on adhère vite à sa démarche : la chanteuse est là pour s’amuser et du coup les spectateurs prennent plaisir à la regarder.
Peu de musiciens sur scène, juste un gars aux samples et un autre qui prend la guitare rythmique (funky bien entendu).
Hormis « Nuit 17 à 42 » qui est vraiment extra, il lui manque peut-être 2-3 vraies bonnes chansons pour que la sauce prenne encore mieux.
 Who's bad?

Ensuite vint Cascadeur et là c’est la grosse claque.
Claque visuelle déjà : le chanteur et son casque lumineux sur la tête accompagné par 3 musiciens avec des cagoules de catcheurs, tous en salopette grise, débarquent à travers la salle avec des lampes torches de leur démarche de zombies (il les a présenté comme ses clones).
Musicalement, c’est encore la grosse claque : parties de pianos magnifiques jouées par Cascadeur qui en plus nous ensorcelle avec sa belle voix aigue. Il fait même chanter le public sur « Walker » et nous demande de tenter de danser assis sur « Ghost surfer ». Chaque morceau monte petit à petit en puissance et prend littéralement aux tripes. Un vrai plaisir communicatif, à l’opposé du personnage timide et réservé qu’il s’est créé.
A noter la présence dans les instruments, d’un Thérémine, qui revient très régulièrement pendant le concert, et qui est assez bluffant à regarder puisque le musicien traverse des ondes invisibles pour en jouer.
Un set vraiment magique et d’ailleurs à la fin le public était debout pour l’applaudir.
 A gauche, le joueur de Thérémine

On termine la soirée avec Anna Calvi, une jeune anglaise belle à croquer qui non seulement a une superbe voix mais en plus a un talent sérieux à la guitare. Il paraît qu’elle a appris à jouer en écoutant Hendrix.
Côté style, on est pourtant plutôt du côté de Jeff Buckley : c’est à dire une sorte de soul-rock avec des guitares où reverb et léger delay prédominent.
On sent dans les compos l’esprit torturé de la jeune fille puisqu’on passe régulièrement de la mélancolie où voix suave et guitare soft donnent le ton à des passages plus rock où la chanteuse pousse sa voix et fait jouer ses doigts à toute vitesse sur sa guitare passée en mode saturation maximale.
Une orchestration, assez classique finalement, accompagne le tout (à noter quand même un grand xylophone et une espèce de gros accordéons fixes ??).
Bref, j’ai pas vraiment été emporté par ses chansons mais véritablement épaté par le talent de l’artiste.